Biologie Maroc
Langue et terminologie · S1 · Chapitre 1 sur 8

La communication et le discours scientifiques

Lecture : 11 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Réussir des études scientifiques ne suppose pas seulement de comprendre des contenus : il faut aussi savoir les dire et les écrire. Ce premier chapitre installe les notions de base de la communication — émetteur, récepteur, message, code, canal — puis dégage ce qui fait la spécificité du discours scientifique : objectivité, précision, concision. Ces définitions ouvrent presque tous les sujets d'examen du module.

1. Le schéma de la communication

Communiquer, c'est transmettre un message d'un émetteur (locuteur, auteur) vers un récepteur (auditeur, lecteur). Le modèle proposé par Roman Jakobson retient six éléments : l'émetteur, le récepteur, le message, le référent (ce dont on parle, la réalité évoquée), le code (la langue et ses règles, partagées par les deux partenaires) et le canal (le support physique : voix, papier, écran). Le message n'est correctement reçu que si le code est commun et si le canal n'est pas perturbé.

Toute communication est menacée par des bruits : bruit matériel (fond sonore, mauvaise photocopie), bruit lié au code (terme technique inconnu du récepteur, abréviation non expliquée) et bruit lié au contexte (fatigue, désintérêt). Le retour ou feed-back — question posée, expression du visage, copie corrigée — permet à l'émetteur de vérifier que son message est passé et de le reformuler. En situation scientifique, la lutte contre le bruit passe par la définition des termes, la reformulation et la redondance contrôlée (schéma qui redit le texte, résumé en fin d'exposé).

2. Les fonctions du langage

À chaque élément du schéma correspond une fonction du langage. La fonction référentielle (ou dénotative), centrée sur le référent, informe : c'est la fonction dominante du discours scientifique. La fonction expressive (émotive) est centrée sur l'émetteur et ses sentiments ; la fonction conative vise à agir sur le récepteur (impératif, consignes de TP) ; la fonction phatique maintient le contact (« vous me suivez ? ») ; la fonction métalinguistique parle du code lui-même (une définition, un glossaire) ; la fonction poétique travaille la forme du message.

Un texte scientifique combine surtout la fonction référentielle (exposer des faits), la fonction métalinguistique (définir les termes) et, dans les protocoles, la fonction conative (« peser 5 g, dissoudre, agiter »). La fonction expressive en est en revanche pratiquement absente : l'énoncé scientifique évite le je affectif, les jugements de valeur et les marques d'émotion.

3. Niveaux de langue et langue de spécialité

On distingue trois niveaux de langue : le niveau familier (oral spontané, ellipses, argot), le niveau courant (correct, neutre, celui des médias) et le niveau soutenu (syntaxe complexe, lexique recherché). L'écrit universitaire se tient au niveau courant soigné à soutenu : phrases complètes, pas d'abréviations de messagerie, pas de tournures orales. À ce socle s'ajoute la langue de spécialité, c'est-à-dire le vocabulaire technique propre à une discipline, dont la maîtrise est l'objet même du module.

La langue de spécialité se caractérise par la monosémie recherchée du terme (un mot = un concept), par la fréquence des mots construits sur des racines grecques et latines, et par la présence de symboles et d'unités normalisées. Comparer « il y avait plein de petites bêtes dans l'eau » et « la densité de microcrustacés atteint 120 individus par litre » suffit à mesurer l'écart entre langue courante et langue scientifique : le second énoncé est quantifié, vérifiable et reproductible.

4. Les caractères du discours scientifique

Un écrit scientifique vise quatre qualités. L'objectivité : les faits sont rapportés indépendamment de celui qui les observe, d'où l'effacement de l'énonciateur (passif, pronom indéfini on, nous de modestie). La précision : chaque terme est employé dans son sens exact, chaque mesure est accompagnée de son unité et de son incertitude. La clarté : phrases courtes, une idée par phrase, progression logique marquée par des connecteurs. La concision : aucun mot inutile, pas de répétition, pas de digression.

S'y ajoute la cohérence du texte, assurée par la progression thématique (chaque phrase reprend une information de la précédente et en ajoute une nouvelle) et par les connecteurs logiques. Enfin, l'honnêteté intellectuelle impose de citer ses sources : reprendre un texte sans le référencer constitue un plagiat, sanctionné dans toutes les facultés.

Définition — Code

Système de signes commun à l'émetteur et au récepteur — ici la langue française et le vocabulaire scientifique — sans lequel le message ne peut être interprété.

Définition — Langue de spécialité

Ensemble des moyens linguistiques (lexique, tournures, symboles) propres à un domaine scientifique ou technique, utilisés entre spécialistes pour désigner des concepts de façon univoque.

CritèreLangue couranteLangue scientifique
Sens des motsPolysémique, variableUnivoque, défini
ÉnonciateurPrésent, subjectifEffacé, objectif
QuantificationApproximativeChiffrée, avec unités
ButÉchanger, convaincre, émouvoirInformer, décrire, démontrer
VérifiabilitéFaibleReproductible, vérifiable

Langue courante et langue scientifique

À retenir
  • Six éléments de la communication : émetteur, récepteur, message, référent, code, canal.
  • Six fonctions du langage ; le discours scientifique privilégie la fonction référentielle.
  • Le bruit dégrade le message ; le feed-back permet de le corriger.
  • Trois niveaux de langue : familier, courant, soutenu ; l'université exige le courant soigné.
  • Quatre qualités de l'écrit scientifique : objectivité, précision, clarté, concision.
  • La langue de spécialité vise la monosémie : un terme pour un concept.
Ça tombe à l'examen

Aux examens de Langue et terminologie S1 des facultés marocaines, ce chapitre tombe sous forme de questions de cours : « citez et définissez les éléments du schéma de la communication », « quelles sont les caractéristiques du discours scientifique ? ». On demande aussi de réécrire un énoncé familier en langue scientifique. Piège classique : confondre référent (la réalité désignée) et message (l'énoncé produit), ou fonction conative et fonction expressive. Pense à justifier chaque réponse par un exemple tiré de ta propre discipline.

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