Biologie Maroc
Physiologie végétale · S4 · Chapitre 7 sur 8

Assimilation du carbone : cycle de Calvin, plantes C3, C4 et CAM

Lecture : 14 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

L'ATP et le NADPH produits par la phase photochimique servent à réduire le CO2 en glucides. Ce chapitre détaille le cycle de Calvin et ses trois phases, puis les deux variantes apparues sous climat chaud et sec : la voie C4 de Hatch et Slack et le métabolisme CAM. Le tableau comparatif C3 / C4 / CAM est l'une des questions les plus rentables de tout le module.

1. La phase biochimique et sa dépendance à la lumière

La photosynthèse se déroule en deux étapes. La première, photochimique, se produit dans les thylacoïdes et convertit l'énergie lumineuse en ATP et NADPH. La seconde, dite obscure ou biochimique, a lieu dans le stroma et utilise ce pouvoir énergétique et réducteur pour fixer et réduire le CO2. Le terme « obscure » signifie seulement qu'elle n'est pas directement conditionnée par la lumière : en pratique elle se déroule à la lumière, car les coenzymes viennent vite à manquer à l'obscurité et parce que plusieurs enzymes du cycle (Rubisco, fructose-1,6-bisphosphatase, phosphoribulokinase) sont activées par la lumière.

2. Le cycle de Calvin

Décrit par Calvin et ses collaborateurs en 1953 grâce au carbone 14 et à la chromatographie, le cycle comporte trois phases. La carboxylation : le CO2 se fixe sur un sucre à cinq carbones, le ribulose-1,5-bisphosphate (RuBP), sous l'action de la Rubisco ; le composé à six carbones formé se scinde aussitôt en deux molécules d'acide 3-phosphoglycérique (APG) à trois carbones — d'où le nom de voie en C3. La réduction : l'APG est phosphorylé par l'ATP en 1,3-bisphosphoglycérate, puis réduit par le NADPH en triose phosphate (phosphoglycéraldéhyde). La régénération : une série de réarrangements à 4, 5, 6 et 7 carbones, avec transcétolases et aldolases, reconstitue le RuBP au prix d'ATP supplémentaire.

Pour trois tours de cycle, trois CO2 se fixent sur trois RuBP et donnent six APG ; un seul triose phosphate quitte le cycle, les cinq autres servant à régénérer le RuBP. Deux trioses exportés s'unissent pour former des hexoses, convertis en amidon dans le stroma ou exportés vers le cytosol sous forme de saccharose. Le bilan est de 3 ATP et 2 NADPH par CO2 fixé. Les plantes qui suivent exclusivement cette voie sont dites C3 : blé, orge, avoine, riz, pomme de terre, betterave — ce sont les plus répandues, et leur feuille présente un parenchyme palissadique et un parenchyme lacuneux superposés.

3. La voie C4 de Hatch et Slack

En 1966, Hatch et Slack découvrent que certaines espèces — maïs, canne à sucre, sorgho — fixent d'abord le CO2 sous forme d'un composé à quatre carbones. Leur feuille présente l'anatomie de Kranz : les faisceaux conducteurs sont entourés d'une gaine périvasculaire à grands chloroplastes, elle-même entourée du mésophylle. Dans les cellules du mésophylle, la PEP carboxylase fixe le CO2 — sous forme d'HCO3 — sur le phosphoénolpyruvate (PEP), donnant l'oxaloacétate, réduit en malate (ou transaminé en aspartate).

Le malate migre par les plasmodesmes vers la gaine périvasculaire, où il est décarboxylé : le CO2 libéré, très concentré localement, alimente un cycle de Calvin normal. Le pyruvate retourne au mésophylle et régénère le PEP grâce à la pyruvate phosphate dikinase, au prix de deux liaisons riches en énergie. La voie C4 coûte donc environ 5 ATP par CO2 au lieu de 3, mais présente un avantage décisif : la PEP carboxylase a une forte affinité pour le CO2 et n'a aucune activité oxygénase, et la concentration du CO2 autour de la Rubisco supprime pratiquement la photorespiration. Ces plantes sont donc performantes en climat chaud, très éclairé et sec, avec une meilleure efficience d'utilisation de l'eau.

4. Le métabolisme acide des Crassulacées (CAM)

Observé d'abord chez les Crassulacées, le métabolisme CAM concerne de nombreuses familles : Cactacées, Aizoacées, Broméliacées, Agavacées — cactus, agave, ananas. Presque toutes les plantes succulentes sont CAM, mais il existe des succulentes non CAM et des CAM non succulentes ; certaines C3 basculent même vers le CAM sous contrainte hydrique. Leur anatomie associe un parenchyme palissadique peu développé et un parenchyme lacuneux très développé, riche en chloroplastes et en grandes vacuoles remplies d'eau et de mucilages.

L'originalité du CAM est une séparation non pas dans l'espace, comme chez les C4, mais dans le temps. La nuit, les stomates sont ouverts — la perte d'eau est alors minimale — et le CO2 est fixé sur le PEP par la PEP carboxylase en oxaloacétate, réduit en malate par la malate déshydrogénase ; le malate s'accumule dans les vacuoles, ce qui explique le goût acide des feuilles au petit matin. Le jour, les stomates se ferment, le malate ressort des vacuoles, est décarboxylé et le CO2 libéré est réassimilé par le cycle de Calvin, derrière des stomates clos. Le pyruvate régénère le PEP puis l'amidon par gluconéogenèse, amidon qui fournira le PEP de la nuit suivante par glycolyse.

Les plantes CAM occupent des milieux secs, à faible biomasse, chauds le jour et froids la nuit : terrains sableux, régions tropicales et subtropicales, où elles supportent aussi bien des températures très élevées que quelques heures à −10 °C. Leurs racines sont superficielles et cessent de fonctionner en l'absence d'eau, mais de nouvelles racines et de nombreux poils absorbants se développent dès le retour de l'humidité. L'épiderme porte une cuticule épaisse et des stomates peu nombreux et enfoncés. Leur productivité est faible mais leur efficience d'utilisation de l'eau est la meilleure des trois types.

Définition — Rubisco

Ribulose-1,5-bisphosphate carboxylase/oxygénase, enzyme du stroma qui fixe le CO2 sur le RuBP ; protéine la plus abondante du monde vivant.

Définition — Anatomie de Kranz

Organisation foliaire des plantes C4 en couronne : gaine périvasculaire chlorophyllienne entourant le faisceau, elle-même entourée du mésophylle.

CritèreC3C4CAM
Première carboxylationRubisco sur RuBPPEP carboxylase (mésophylle)PEP carboxylase (nuit)
Premier produitAPG (3 C)Oxaloacétate (4 C)Oxaloacétate puis malate
SéparationAucuneDans l'espace (Kranz)Dans le temps (nuit/jour)
StomatesOuverts le jourOuverts le jourOuverts la nuit
PhotorespirationImportanteQuasi nulleFaible
ExemplesBlé, riz, betteraveMaïs, canne à sucreCactus, agave, ananas

Comparaison des plantes C3, C4 et CAM

À retenir
  • Cycle de Calvin dans le stroma : carboxylation → réduction → régénération ; 3 ATP et 2 NADPH par CO2.
  • Rubisco fixe le CO2 sur le RuBP (5 C) et donne 2 APG (3 C) : voie C3.
  • C4 (Hatch et Slack, 1966) : PEP carboxylase dans le mésophylle, Calvin dans la gaine périvasculaire (Kranz).
  • La concentration du CO2 dans la gaine supprime pratiquement la photorespiration des C4.
  • CAM : fixation nocturne sur PEP, stockage vacuolaire du malate, décarboxylation diurne stomates fermés.
  • C4 et CAM sont des adaptations aux climats chauds et secs, avec une meilleure efficience de l'eau.
Ça tombe à l'examen

Le tableau C3 / C4 / CAM est demandé presque à chaque session : apprends-le colonne par colonne, en particulier la première enzyme de carboxylation et le type de séparation (espace pour C4, temps pour CAM). Deux erreurs coûtent cher : croire que les plantes C4 et CAM n'utilisent pas le cycle de Calvin — elles l'utilisent toutes, seule la manière d'amener le CO2 change ; et interpréter « phase obscure » comme « phase qui se déroule la nuit ». Sois précis aussi sur le fait que la Rubisco des C4 reste confinée dans la gaine périvasculaire.

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