Biologie Maroc
Physiologie végétale · S4 · Chapitre 4 sur 8

Nutrition minérale : besoins, absorption et transport des ions

Lecture : 15 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Les végétaux chlorophylliens sont autotrophes mais vivent dans un environnement essentiellement minéral : ils prélèvent le CO2 dans l'atmosphère, l'eau et les ions dans la solution du sol. Ce chapitre établit la liste des éléments essentiels, leurs rôles et leurs carences, puis les mécanismes qui les font entrer dans la racine et monter jusqu'aux feuilles. Diagnostics de carence et tableau transport passif / actif sont des valeurs sûres d'examen.

1. Composition minérale et critères d'essentialité

L'analyse de la composition minérale suit deux étapes : la destruction de l'organisation cellulaire jusqu'au niveau atomique, par incinération de la matière sèche, puis l'analyse chimique des cendres. Elle met en évidence une trentaine d'éléments minéraux. Selon leur concentration relative, on les classe en macroéléments — azote, phosphore, potassium, calcium, magnésium, soufre, auxquels s'ajoutent C, H et O fournis par l'air et l'eau — et en oligoéléments, nécessaires en très faibles quantités : fer, manganèse, zinc, cuivre, bore, molybdène, chlore, nickel.

La présence d'un élément dans les cendres ne prouve pas son utilité. Un élément est dit essentiel lorsqu'il remplit les trois critères d'Arnon et Stout : en son absence la plante ne peut accomplir son cycle complet ; il ne peut être remplacé par un autre ; il intervient directement dans le métabolisme, comme constituant ou cofacteur enzymatique. On le vérifie par la méthode des carences expérimentales en culture hydroponique — racines dans une solution nutritive aérée de composition connue — ou en aéroponie, où elles sont pulvérisées par un brouillard nutritif. Certains éléments sont seulement bénéfiques : silicium chez les Graminées, cobalt pour la fixation symbiotique, sodium chez les halophytes et beaucoup de plantes C4.

2. Rôles des éléments et diagnostic des carences

L'azote entre dans les acides aminés, protéines, acides nucléiques, coenzymes et chlorophylle. Le phosphore est constitutif de l'ATP, des acides nucléiques et des phospholipides. Le potassium reste ionique et assure l'osmorégulation, la turgescence et l'ouverture stomatique. Le calcium stabilise parois et membranes et sert de messager secondaire ; le magnésium est l'atome central de la chlorophylle ; le soufre entre dans la cystéine et la méthionine. Parmi les oligoéléments, le fer est indispensable aux cytochromes et à la synthèse de la chlorophylle, le manganèse au complexe d'oxydation de l'eau, le molybdène à la nitrate réductase et à la nitrogénase.

Le premier symptôme d'une carence, quel que soit l'élément, est la perte de chlorophylle — la chlorose — avec altération des chloroplastes et chute de l'assimilation du CO2. La localisation dépend de la mobilité dans le phloème : les éléments mobiles (N, P, K, Mg) sont remobilisés depuis les organes âgés, donc les symptômes apparaissent sur les feuilles âgées ; les éléments peu mobiles (Ca, Fe, B, S) touchent d'abord les jeunes feuilles et les bourgeons. Une chlorose internervaire des jeunes feuilles signe ainsi une carence en fer, très fréquente sur les sols calcaires marocains (chlorose ferrique). Selon la loi du minimum de Liebig, la croissance est fixée par l'élément le moins disponible ; à l'opposé, un excès devient toxique.

3. La solution du sol et le complexe absorbant

Les racines ne prélèvent les éléments que sous forme ionique dissoute : NO3, NH4+, H2PO4, SO42−, K+, Ca2+, Mg2+. Ces ions se répartissent entre la solution du sol, très diluée, et le complexe argilo-humique, colloïde chargé négativement qui adsorbe les cations. L'équilibre se fait par échange d'ions : la racine libère des H+ qui déplacent les cations fixés. L'approvisionnement du poil absorbant se fait par interception, flux de masse et diffusion.

Le pH commande la disponibilité : en sol acide, aluminium et manganèse deviennent solubles et parfois toxiques ; en sol calcaire à pH élevé, très répandu au Maroc, fer, zinc et phosphore précipitent. Les anions peu retenus, comme le nitrate, sont au contraire très mobiles et facilement lessivés vers la nappe.

4. Transport passif et transport actif

Le transport passif se fait dans le sens du gradient électrochimique, sans dépense d'énergie métabolique : diffusion simple à travers la bicouche, marginale pour des ions, et surtout diffusion facilitée par des canaux très rapides et sélectifs ou par des transporteurs plus lents. Il ne permet jamais d'accumuler un ion contre son gradient, alors que les tissus racinaires contiennent des ions à des concentrations bien supérieures à celles du sol : le passif ne suffit donc pas.

Le transport actif déplace un soluté contre son gradient et exige de l'énergie. La pièce maîtresse est la H+-ATPase de la membrane plasmique, qui hydrolyse l'ATP pour expulser des protons : c'est le transport actif primaire. Il en résulte un gradient de pH et un gradient de potentiel électrique (intérieur négatif) dont l'ensemble forme la force proton-motrice. Les autres ions l'exploitent en transport actif secondaire : un symport fait entrer H+ avec un anion (NO3, H2PO4), un antiport échange un H+ entrant contre un cation sortant comme Na+. Le K+ peut en revanche entrer passivement par des canaux, attiré par le potentiel de membrane négatif.

On reconnaît un transport actif à trois signes : il est saturable et suit une cinétique de type Michaelis-Menten (Km, Vmax) ; il est sélectif, avec compétition entre ions voisins ; il est inhibé par le froid, l'anoxie et les poisons respiratoires. Un sol asphyxié par excès d'eau bloque ainsi l'absorption minérale alors que les ions sont présents.

5. Chargement du xylème et redistribution

Une fois dans le symplasme, les ions traversent le cortex par les plasmodesmes, franchissent obligatoirement l'endoderme au niveau du cadre de Caspary, puis sont déchargés activement dans les vaisseaux du xylème par les cellules du parenchyme du cylindre central. Cette accumulation abaisse le potentiel hydrique du cylindre central, appelle l'eau par osmose et engendre la poussée racinaire : absorptions minérale et hydrique sont couplées. Les ions montent ensuite avec la sève brute, entraînés par le flux transpiratoire, puis une partie est redistribuée par le phloème vers les organes en croissance, les fruits et les graines — ce qui explique la mobilité de N, P, K et Mg. Le calcium, quasi immobile dans le phloème, reste là où le flux transpiratoire l'a déposé.

Définition — Élément essentiel

Élément sans lequel la plante ne peut achever son cycle, non remplaçable par un autre, et intervenant directement dans le métabolisme (critères d'Arnon et Stout).

Définition — Chlorose

Jaunissement du limbe dû à un déficit de chlorophylle, symptôme le plus précoce et le plus général des carences minérales.

Définition — Force proton-motrice

Énergie stockée dans le gradient de protons créé par la H+-ATPase membranaire, combinant gradient de pH et gradient de potentiel électrique, et utilisée pour les transports actifs secondaires.

CritèreTransport passifTransport actif
SensSuivant le gradientContre le gradient
Énergie (ATP)NonOui, directement ou via H+
SaturationNon (diffusion simple)Oui, cinétique Km / Vmax
SélectivitéFaible à moyenneÉlevée
Froid, anoxie, cyanureSans effet directInhibition

Transport passif et transport actif

À retenir
  • Analyse des cendres : une trentaine d'éléments, classés en macroéléments et oligoéléments.
  • Essentialité (Arnon et Stout) : cycle impossible sans lui, non remplaçable, rôle direct.
  • Mg est l'atome central de la chlorophylle ; Mo est cofacteur de la nitrate réductase.
  • Éléments mobiles (N, P, K, Mg) → carence sur vieilles feuilles ; peu mobiles (Ca, Fe, B) → jeunes feuilles.
  • Passif = sens du gradient sans ATP ; actif = contre le gradient, saturable et inhibé par le froid et l'anoxie.
  • La H+-ATPase crée la force proton-motrice qui alimente symports et antiports.
  • Décharge active dans le xylème → poussée racinaire ; redistribution ultérieure par le phloème.
Ça tombe à l'examen

Deux formats dominent : le diagnostic d'une carence à partir d'un symptôme décrit — la règle de mobilité résout la moitié des cas — et l'interprétation d'une courbe d'absorption ou d'une comparaison témoin / cyanure / 4 °C, où tu dois conclure « transport actif » en justifiant par la saturation et l'inhibition métabolique. Pièges classiques : confondre élément essentiel et élément simplement présent dans les cendres ; croire que tout ion accumulé entre activement, alors que le K+ entre passivement par canal ; oublier que l'anoxie d'un sol gorgé d'eau bloque l'absorption minérale.

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