Biologie Maroc
Biochimie approfondie · S6 · Chapitre 4 sur 8

La voie des pentoses phosphates

Lecture : 10 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

En dérivation de la glycolyse, la voie des pentoses phosphates ne produit pas d'ATP mais fournit deux métabolites indispensables : le pouvoir réducteur NADPH pour les biosynthèses et la détoxification, et le ribose-5-phosphate pour la synthèse des acides nucléiques. C'est un chapitre court mais dense, fréquemment associé en examen à la glycolyse et à la lipogenèse, avec lesquelles il partage plusieurs intermédiaires métaboliques.

1. Rôle et localisation de la voie

La voie des pentoses phosphates (ou voie des hexoses monophosphates) se déroule dans le cytosol, à partir du glucose-6-phosphate, dans les tissus à forte activité biosynthétique ou antioxydante : foie, tissu adipeux, cortex surrénalien, glandes mammaires en lactation et globules rouges. Elle comprend deux phases successives, une phase oxydative irréversible qui produit du NADPH, et une phase non oxydative réversible qui interconvertit des oses à 3, 4, 5, 6 et 7 carbones selon les besoins de la cellule. Contrairement à la glycolyse, cette voie ne produit ni ATP ni pyruvate : elle constitue une dérivation purement anabolique et protectrice du métabolisme du glucose, dont l'entrée (glucose-6-phosphate) est commune avec la glycolyse mais dont le devenir métabolique diverge entièrement.

2. La phase oxydative : production de NADPH

La phase oxydative comprend trois réactions. La glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD), enzyme clé et limitante de la voie, oxyde le glucose-6-phosphate en 6-phosphogluconolactone en réduisant un NADP⁺ en NADPH ; une lactonase hydrolyse ensuite l'intermédiaire instable en 6-phosphogluconate. La 6-phosphogluconate déshydrogénase décarboxyle ce dernier en ribulose-5-phosphate, avec production d'un second NADPH et libération de CO₂. Au total, un glucose-6-phosphate donne un ribulose-5-phosphate, deux NADPH,H⁺ et un CO₂. Le NADPH produit sert de pouvoir réducteur aux biosynthèses réductrices (acides gras, cholestérol, stéroïdes) et à la régénération du glutathion réduit, qui protège la cellule — en particulier le globule rouge — contre le stress oxydant.

3. La phase non oxydative : interconversion des oses

La phase non oxydative met en jeu deux enzymes clés, la transcétolase (cofacteur thiamine pyrophosphate, transfère des unités à deux carbones) et la transaldolase (transfère des unités à trois carbones), qui interconvertissent réversiblement le ribulose-5-phosphate (via le ribose-5-phosphate et le xylulose-5-phosphate) en fructose-6-phosphate et glycéraldéhyde-3-phosphate, deux intermédiaires de la glycolyse. Cette réversibilité permet à la voie de s'adapter aux besoins cellulaires : forte demande en NADPH et faible demande en pentoses (les oses à cinq carbones sont recyclés vers la glycolyse), forte demande en ribose-5-phosphate sans besoin de NADPH (la phase non oxydative fonctionne alors en sens inverse à partir d'intermédiaires glycolytiques), ou demande simultanée des deux (cas le plus fréquent, cellules en prolifération).

4. Régulation et déficit en G6PD

La G6PD est régulée principalement par la disponibilité de son substrat NADP⁺ : un rapport NADPH/NADP⁺ élevé inhibe la réaction par simple compétition, couplant ainsi l'activité de la voie à la consommation cellulaire de NADPH. Sur le plan clinique, le déficit en G6PD est l'enzymopathie génétique la plus fréquente chez l'homme (transmission liée à l'X) : la baisse du NADPH disponible fragilise le globule rouge face au stress oxydant, provoquant une anémie hémolytique déclenchée par certains médicaments, la fève (favisme) ou une infection.

5. Importance tissulaire et interconnexion avec les autres voies

L'activité de la voie des pentoses phosphates varie fortement d'un tissu à l'autre, en fonction du besoin en NADPH ou en pentoses. Elle est particulièrement élevée dans le foie, le tissu adipeux et les glandes mammaires en lactation, où le NADPH alimente la synthèse réductrice des acides gras et du cholestérol, dans le cortex surrénalien et les gonades, où il soutient la synthèse des hormones stéroïdes, et dans les globules rouges, dépourvus de mitochondries et donc entièrement dépendants de cette voie pour régénérer leur glutathion réduit. À l'inverse, le muscle squelettique, dont l'activité est surtout catabolique, présente une activité de la voie plus faible. Le ribose-5-phosphate produit, même en l'absence de besoin immédiat en NADPH, reste indispensable : c'est le seul point d'entrée biosynthétique du pentose utilisé pour l'ADN, l'ARN et les nucléotides riches en énergie comme l'ATP, ce qui explique l'activité soutenue de la voie dans tous les tissus à forte prolifération cellulaire, y compris les tissus tumoraux.

Définition — NADPH

Coenzyme réduit produit par la phase oxydative de la voie des pentoses phosphates, utilisé comme pouvoir réducteur dans les biosynthèses et la défense antioxydante, à distinguer du NADH utilisé, lui, pour produire de l'ATP.

Définition — Transcétolase

Enzyme à cofacteur thiamine pyrophosphate (TPP) qui transfère des unités à deux carbones entre oses au cours de la phase non oxydative de la voie des pentoses phosphates.

GlycolyseVoie des pentoses phosphates
Produit énergétiqueATP, NADHNADPH (pas d'ATP)
Enzyme cléPhosphofructokinase-1Glucose-6-phosphate déshydrogénase
Rôle principalCatabolisme énergétique du glucoseRéduction biosynthétique + ribose-5-P
LocalisationCytosolCytosol

Glycolyse et voie des pentoses phosphates

À retenir
  • Deux phases : oxydative (irréversible, G6PD, produit 2 NADPH + 1 CO₂) et non oxydative (réversible, transcétolase/transaldolase).
  • Fonctions : NADPH pour les biosynthèses réductrices et la lutte antioxydante, ribose-5-phosphate pour les acides nucléiques.
  • G6PD = enzyme clé et limitante ; inhibée par un rapport NADPH/NADP⁺ élevé.
  • Le glutathion réduit, régénéré grâce au NADPH, protège le globule rouge du stress oxydant.
  • Déficit en G6PD (lié à l'X) → anémie hémolytique déclenchée par la fève, certains médicaments ou une infection.
Ça tombe à l'examen

Les examens demandent souvent d'écrire le bilan de la phase oxydative (1 glucose-6-P → 1 ribulose-5-P + 2 NADPH,H⁺ + 1 CO₂) et d'expliquer pourquoi cette voie ne produit pas d'ATP. Piège classique : confondre NADPH (biosynthèse, voie des pentoses phosphates) et NADH (production d'ATP, glycolyse et cycle de Krebs).

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