Biologie Maroc
Biochimie approfondie · S6 · Chapitre 3 sur 8

Le cycle de Krebs et la chaîne respiratoire mitochondriale

Lecture : 13 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Le cycle de Krebs est le carrefour du métabolisme énergétique : il oxyde complètement l'acétyl-CoA issu des glucides, des lipides et des acides aminés en produisant le pouvoir réducteur que la chaîne respiratoire convertit en ATP. Ce chapitre reprend ses huit réactions, son bilan et son couplage à la phosphorylation oxydative, un terrain incontournable des examens de biochimie métabolique.

1. Le complexe pyruvate déshydrogénase

Avant d'entrer dans le cycle de Krebs, le pyruvate cytosolique issu de la glycolyse pénètre dans la matrice mitochondriale et y est décarboxylé de façon oxydative par le complexe multienzymatique pyruvate déshydrogénase (PDH), qui associe trois activités enzymatiques et cinq coenzymes (TPP, acide lipoïque, coenzyme A, FAD, NAD⁺). La réaction, irréversible, produit de l'acétyl-CoA, du CO₂ et du NADH,H⁺ : pyruvate + CoA-SH + NAD⁺ → acétyl-CoA + CO₂ + NADH,H⁺. Le complexe PDH est inhibé lorsqu'il est phosphorylé (par la PDH kinase, activée par un excès d'ATP, d'acétyl-CoA ou de NADH) et réactivé par déphosphorylation (PDH phosphatase), ce qui couple son activité à l'état énergétique de la cellule.

2. Les huit réactions du cycle de Krebs

Le cycle de Krebs (ou cycle de l'acide citrique, ou cycle tricarboxylique) se déroule dans la matrice mitochondriale et débute par la condensation de l'acétyl-CoA avec l'oxaloacétate pour former le citrate, catalysée par la citrate synthase. Le citrate est ensuite isomérisé en isocitrate (aconitase), puis subit deux décarboxylations oxydatives successives : l'isocitrate déshydrogénase produit de l'α-cétoglutarate, du CO₂ et du NADH,H⁺ ; le complexe α-cétoglutarate déshydrogénase (structurellement proche de la PDH) produit du succinyl-CoA, du CO₂ et du NADH,H⁺. La succinyl-CoA synthétase convertit le succinyl-CoA en succinate avec production directe de GTP (ou ATP) par phosphorylation au niveau du substrat. Le succinate est ensuite oxydé en fumarate par la succinate déshydrogénase, seule enzyme du cycle ancrée dans la membrane mitochondriale interne et directement couplée à la chaîne respiratoire (elle réduit le FAD en FADH₂). La fumarase hydrate le fumarate en malate, puis la malate déshydrogénase régénère l'oxaloacétate en produisant un dernier NADH,H⁺, ce qui referme le cycle.

3. Bilan énergétique et rôle anaplérotique

Pour un tour de cycle, à partir d'une molécule d'acétyl-CoA, le bilan est de 3 NADH,H⁺, 1 FADH₂, 1 GTP (ou ATP) et 2 CO₂ libérés. Au-delà de son rôle oxydatif, le cycle de Krebs fournit aussi des précurseurs de biosynthèse : l'α-cétoglutarate et l'oxaloacétate sont des points de départ de la synthèse d'acides aminés, le citrate exporté vers le cytosol alimente la lipogenèse, le succinyl-CoA participe à la synthèse de l'hème. Ces prélèvements doivent être compensés par des réactions anaplérotiques (« qui remplissent »), au premier rang desquelles la carboxylation du pyruvate en oxaloacétate par la pyruvate carboxylase, qui maintient le pool d'intermédiaires du cycle.

4. Couplage à la chaîne respiratoire et à la phosphorylation oxydative

Le NADH,H⁺ et le FADH₂ produits par le cycle de Krebs cèdent leurs électrons à la chaîne respiratoire mitochondriale, une série de complexes protéiques enchâssés dans la membrane interne (complexes I à IV, ubiquinone, cytochrome c) qui transfèrent ces électrons jusqu'à l'oxygène, accepteur final, formant de l'eau. Ce transport d'électrons pompe des protons de la matrice vers l'espace intermembranaire, créant un gradient électrochimique que l'ATP synthase (complexe V) utilise pour phosphoryler l'ADP en ATP — c'est la phosphorylation oxydative, décrite par la théorie chimiosmotique de Mitchell. Selon les rapports P/O classiquement enseignés, la réoxydation d'un NADH,H⁺ fournit environ 3 ATP et celle d'un FADH₂ environ 2 ATP.

5. Régulation du cycle de Krebs

Le débit du cycle de Krebs s'ajuste à l'état énergétique de la cellule par le contrôle de trois enzymes essentiellement irréversibles : la citrate synthase, inhibée par un excès d'ATP et de citrate ; l'isocitrate déshydrogénase, activée par l'ADP et le calcium, inhibée par l'ATP et le NADH ; et l'α-cétoglutarate déshydrogénase, inhibée par ses propres produits, le succinyl-CoA et le NADH. Ce contrôle rétroactif couple étroitement la vitesse d'oxydation de l'acétyl-CoA à la demande cellulaire en ATP, et explique pourquoi un rapport NADH/NAD⁺ élevé (repos, oxygénation suffisante) ralentit le cycle, tandis qu'un exercice musculaire intense, en consommant l'ATP et en régénérant l'ADP, l'accélère fortement.

Définition — Anaplérose

Ensemble des réactions qui reconstituent le pool des intermédiaires du cycle de Krebs prélevés pour des biosynthèses, notamment la carboxylation du pyruvate en oxaloacétate.

Définition — Phosphorylation oxydative

Synthèse d'ATP par l'ATP synthase, alimentée par le gradient de protons que la chaîne respiratoire établit à travers la membrane mitochondriale interne grâce au transfert d'électrons du NADH et du FADH₂ vers l'oxygène.

EnzymeSubstrat → produitCoenzyme réduit
Isocitrate déshydrogénaseIsocitrate → α-cétoglutarate + CO₂NADH,H⁺
α-cétoglutarate déshydrogénaseα-cétoglutarate → succinyl-CoA + CO₂NADH,H⁺
Succinate déshydrogénaseSuccinate → fumarateFADH₂
Malate déshydrogénaseMalate → oxaloacétateNADH,H⁺

Les réactions productrices d'électrons du cycle de Krebs

À retenir
  • PDH : pyruvate + CoA-SH + NAD⁺ → acétyl-CoA + CO₂ + NADH,H⁺, réaction irréversible, régulée par phosphorylation.
  • Un tour de cycle de Krebs = 3 NADH,H⁺ + 1 FADH₂ + 1 GTP + 2 CO₂ à partir d'un acétyl-CoA.
  • Seule la succinate déshydrogénase est membranaire ; elle appartient aussi à la chaîne respiratoire (complexe II).
  • Rôle amphibolique : oxydation énergétique ET fourniture de précurseurs, compensée par l'anaplérose (pyruvate carboxylase).
  • Chaîne respiratoire : électrons du NADH/FADH₂ → O₂, gradient de protons, ATP synthase (≈ 3 ATP/NADH, ≈ 2 ATP/FADH₂).
Ça tombe à l'examen

Le schéma complet du cycle de Krebs avec les huit enzymes et les coenzymes produits à chaque étape est un grand classique des examens marocains (FSR, FSSM, FSDM, FST). Piège fréquent : oublier que le cycle produit du GTP (et non directement de l'ATP) par phosphorylation au niveau du substrat, ou confondre le rôle strictement catabolique et le rôle anaplérotique/biosynthétique du cycle.

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