Biologie Maroc
Chimie générale · S1 · Chapitre 5 sur 8

La liaison covalente : Lewis, VSEPR et polarité

Lecture : 13 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Les atomes s'assemblent pour atteindre une configuration plus stable. Ce chapitre explique comment représenter une molécule (schéma de Lewis), comment prévoir sa géométrie dans l'espace (méthode VSEPR) et pourquoi certaines molécules sont polaires. La construction d'un schéma de Lewis suivi d'une géométrie AXnEm est l'exercice de liaison chimique le plus posé aux examens de S1.

1. Pourquoi et comment les atomes se lient

Une liaison se forme lorsqu'elle abaisse l'énergie du système. La règle de l'octet (Lewis, 1916) résume la tendance des atomes des deuxième et troisième périodes à s'entourer de huit électrons de valence, comme le gaz noble le plus proche (deux pour l'hydrogène : règle du duet). Selon la différence d'électronégativité Δχ entre les atomes, on distingue la liaison covalente (mise en commun d'un doublet, Δχ faible), la liaison covalente polarisée (Δχ intermédiaire, doublet déplacé vers l'atome le plus électronégatif) et la liaison ionique (transfert complet d'électron, Δχ grand, comme dans NaCl). La liaison de coordination (ou dative) est une covalente dont les deux électrons proviennent du même atome : c'est le cas de la liaison N→H dans NH4+ ou des complexes métalliques.

2. Le schéma de Lewis d'une molécule

Méthode : (1) compter le nombre total d'électrons de valence Nv de tous les atomes, en ajoutant un électron par charge négative et en retirant un électron par charge positive ; (2) en déduire le nombre de doublets Nv/2 ; (3) placer l'atome central (le moins électronégatif, jamais H) et relier les atomes par des doublets liants ; (4) compléter avec des doublets non liants pour satisfaire l'octet, en créant des liaisons multiples si nécessaire ; (5) attribuer les charges formelles. Exemples : H2O possède 8 électrons de valence, soit 2 doublets liants et 2 doublets non liants sur l'oxygène ; CO2 comporte deux doubles liaisons C=O ; N2 une triple liaison. Les atomes de la troisième période (P, S) peuvent dépasser l'octet (hypervalence : PCl5, SF6), tandis que BF3 reste en déficit avec six électrons autour du bore.

Définition — Charge formelle

CF = (électrons de valence de l'atome isolé) − (électrons non liants) − (nombre de liaisons). La somme des charges formelles est égale à la charge de l'édifice ; la structure de Lewis la plus probable minimise les charges formelles et place la charge négative sur l'atome le plus électronégatif.

Quand plusieurs schémas de Lewis équivalents sont possibles (ion nitrate NO3, ion carbonate, benzène), la molécule réelle est un hybride de ces formes mésomères (résonance) : les liaisons sont toutes identiques, de longueur intermédiaire entre simple et double.

3. Géométrie des molécules : la méthode VSEPR

La théorie VSEPR (Valence Shell Electron Pair Repulsion, règles de Gillespie) prévoit la géométrie à partir du schéma de Lewis : les doublets de la couche de valence de l'atome central se repoussent et se placent le plus loin possible les uns des autres. On note la molécule AXnEm où A est l'atome central, n le nombre d'atomes liés (une liaison multiple compte pour un seul X) et m le nombre de doublets non liants sur A. La somme n + m fixe la figure de répulsion : 2 → linéaire (180°), 3 → triangle plan (120°), 4 → tétraèdre (109,5°), 5 → bipyramide trigonale (90° et 120°), 6 → octaèdre (90°). La géométrie moléculaire ne décrit que la position des atomes : les doublets libres, plus encombrants qu'un doublet liant, referment légèrement les angles — d'où 107° dans NH3 (AX3E) et 104,5° dans H2O (AX2E2).

TypeFigure de répulsionGéométrie moléculaireAngleExemple
AX₂LinéaireLinéaire180°CO₂, BeCl₂
AX₃Triangle planTriangle plan120°BF₃, SO₃
AX₄TétraèdreTétraèdre109,5°CH₄, NH₄⁺
AX₃ETétraèdrePyramide trigonale≈ 107°NH₃
AX₂E₂TétraèdreCoudée (en V)≈ 104,5°H₂O
AX₅ / AX₆Bipyramide / octaèdreBipyramide / octaèdre90° et 120° / 90°PCl₅ / SF₆

Les géométries VSEPR à connaître

4. Polarité des liaisons et des molécules

Dans une liaison entre deux atomes d'électronégativité différente, le doublet est déplacé vers le plus électronégatif, qui porte une charge partielle δ ; la liaison est un dipôle caractérisé par un moment dipolaire μ = δ × d (en debye, 1 D ≈ 3,33 × 10−30 C·m), orienté par convention de δ+ vers δ. Le pourcentage ionique d'une liaison se calcule par μexpionique × 100, où μionique = e × d correspondrait à un transfert complet. Une molécule est polaire si la somme vectorielle des moments de liaison est non nulle : cela dépend de la géométrie. CO2 (linéaire) et CCl4 (tétraédrique) ont des liaisons polaires mais un moment global nul ; H2O (coudée) et NH3 (pyramidale) sont polaires. Cette polarité gouverne la solubilité dans l'eau et les liaisons hydrogène, essentielles en biologie.

Définition — Liaison hydrogène

Interaction électrostatique entre un atome d'hydrogène lié à un atome très électronégatif (O, N, F) et un doublet libre d'un autre atome électronégatif. Plus faible qu'une liaison covalente, elle explique les propriétés de l'eau et la structure des protéines et de l'ADN.

5. Longueur et énergie de liaison

Une liaison est caractérisée par sa longueur (distance internucléaire d'équilibre, de l'ordre de 1 à 1,5 Å) et son énergie de liaison (énergie à fournir pour la rompre à l'état gazeux, en kJ/mol). Plus la multiplicité augmente, plus la liaison est courte et forte : C–C > C=C > C≡C en longueur, et l'inverse en énergie. Ces énergies de liaison serviront au chapitre de thermochimie pour estimer une enthalpie de réaction.

À retenir
  • Octet : 8 électrons de valence (duet pour H) ; covalente (partage), ionique (transfert), dative (doublet d'un seul atome).
  • Lewis : compter Nᵥ (± charges), placer doublets liants puis non liants, calculer les charges formelles.
  • VSEPR AXₙEₘ : n + m = 2 linéaire, 3 triangle, 4 tétraèdre, 5 bipyramide, 6 octaèdre ; les doublets libres réduisent les angles.
  • NH₃ pyramidale (107°), H₂O coudée (104,5°), CH₄ tétraédrique (109,5°), CO₂ linéaire (180°).
  • Molécule polaire si la somme vectorielle des moments dipolaires n'est pas nulle (CO₂ et CCl₄ apolaires).
Ça tombe à l'examen

Exercice type : établir les schémas de Lewis de trois ou quatre espèces (SO₂, NH₄⁺, PCl₅, H₃O⁺…), donner leur type VSEPR, leur géométrie et leur polarité, puis calculer un pourcentage ionique à partir de μ et d. Pièges : oublier d'ajouter les électrons des charges négatives dans le décompte, compter une double liaison comme deux X, confondre figure de répulsion et géométrie moléculaire, ou déclarer polaire une molécule symétrique.

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