Biologie Maroc
Pétrologie métamorphique · S5 · Chapitre 4 sur 8

Minéralogie métamorphique et textures des roches métamorphiques

Lecture : 14 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Reconnaître une roche métamorphique passe par l'identification de ses minéraux et de sa texture, c'est-à-dire la façon dont ces minéraux s'organisent entre eux. Ce chapitre présente les principaux minéraux index du métamorphisme, la notion de foliation, puis les grandes familles de textures métamorphiques utilisées pour nommer et classer les roches.

1. Les minéraux index du métamorphisme

Certains minéraux n'apparaissent que dans des conditions de pression et de température bien précises : on les appelle des minéraux index. Chez les roches d'origine argileuse (métapélites), la séquence typique associe successivement chlorite, biotite, grenat, staurotide, disthène (ou cyanite) et sillimanite à des degrés métamorphiques croissants. Le disthène, l'andalousite et la sillimanite sont trois polymorphes de même formule chimique (silicate d'alumine, Al₂SiO₅) mais de structures cristallines différentes, chacune stable dans un domaine de pression et de température distinct : leur présence permet donc à elle seule d'estimer les conditions du métamorphisme.

D'autres minéraux caractérisent des roches d'origine différente : l'amphibole et le pyroxène dominent les métabasites (roches d'origine basaltique ou gabbroïque), tandis que la calcite et la dolomite recristallisées caractérisent les marbres, issus de calcaires métamorphisés.

2. Foliation, schistosité et linéation

La foliation est un caractère structural planaire, développé par la pression dirigée, qui résulte de l'orientation préférentielle des minéraux plats ou allongés (micas, amphiboles) et de l'aplatissement des grains. La schistosité en est une forme particulière, typique des roches de faible à moyen degré métamorphique, définie par un débit facile de la roche en feuillets fins parallèles, dû à l'alignement de minéraux phylliteux (micas blancs, chlorite). Lorsque des minéraux allongés (amphiboles, par exemple) s'alignent selon une direction unique plutôt que dans un plan, on parle de linéation. Ces éléments structuraux permettent de reconstituer la direction et le sens des mouvements tectoniques responsables du métamorphisme.

3. Les grandes familles de textures métamorphiques

On distingue plusieurs textures selon la forme dominante des cristaux. La texture granoblastique est formée de grains à peu près équidimensionnels (polygonaux), sans orientation préférentielle marquée : elle est typique des marbres et des quartzites. La texture nématoblastique est caractérisée par des minéraux aciculaires ou allongés (amphiboles, sillimanite fibreuse) orientés selon une direction commune. La texture lépidoblastique résulte de l'alignement de minéraux en feuillets (micas, chlorite), donnant à la roche son aspect schisteux et son éclat satiné caractéristique.

La texture porphyroblastique désigne la présence de gros cristaux (porphyroblastes, comme le grenat ou la staurotide) noyés dans une matrice à grain plus fin ; ces porphyroblastes, en croissant avant, pendant ou après la déformation principale, piègent parfois des inclusions minérales alignées qui renseignent sur la chronologie relative entre cristallisation et déformation. Enfin, la texture rubanée (ou gneissique) alterne des lits clairs, riches en quartz et feldspath, et des lits sombres, riches en biotite et amphibole, typique des gneiss de haut degré métamorphique.

4. Classification descriptive des roches métamorphiques

En allant du degré métamorphique le plus faible au plus élevé pour un protolithe argileux, on distingue : l'ardoise, roche à grain très fin avec un débit en feuillets plans très réguliers (l'ardoise n'a pas de schistosité au sens minéralogique strict, mais un clivage ardoisier lié à l'orientation submicroscopique des phyllosilicates) ; le schiste, à grain plus grossier, où les micas sont visibles à l'œil nu et confèrent l'éclat satiné typique ; le micaschiste, riche en micas et souvent porteur de porphyroblastes de grenat ; et le gneiss, de plus haut degré, à texture rubanée, riche en quartz et feldspath. Les roches carbonatées et quartzeuses métamorphisées donnent respectivement le marbre et le quartzite, tous deux à texture granoblastique.

5. Relation cristallisation-déformation

La relation entre cristallisation et déformation est une clé de lecture essentielle des roches métamorphiques. Un minéral peut être antécinématique (formé avant la déformation, souvent déformé lui-même ou tourné), syncinématique (formé pendant la déformation, ses inclusions dessinent alors une trainée courbe caractéristique, dite en « queue de cristallisation ») ou postcinématique (formé après la déformation, recoupant nettement la foliation sans être lui-même déformé). Cette lecture microstructurale, combinée à la géométrie des minéraux, permet de reconstituer le sens de cisaillement d'une zone déformée.

Définition — Foliation

Structure planaire d'une roche métamorphique, due à l'orientation préférentielle des minéraux sous l'effet de la pression dirigée.

Définition — Porphyroblaste

Cristal de grande taille, développé au cours du métamorphisme au sein d'une matrice à grain plus fin, dont la relation avec la déformation renseigne sur la chronologie des évènements.

Définition — Schistosité

Débit facile d'une roche métamorphique en feuillets fins et parallèles, dû à l'alignement de minéraux phylliteux (micas, chlorite).

TextureMinéraux dominantsRoche type
GranoblastiqueGrains équidimensionnels (quartz, calcite)Marbre, quartzite
NématoblastiqueMinéraux aciculaires (amphiboles, sillimanite)Amphibolite
LépidoblastiqueMinéraux en feuillets (micas, chlorite)Schiste, micaschiste
PorphyroblastiqueGros cristaux dans matrice fine (grenat, staurotide)Micaschiste à grenat
Rubanée (gneissique)Lits clairs et sombres alternésGneiss

Les principales textures des roches métamorphiques

À retenir
  • Minéraux index (chlorite à sillimanite pour les métapélites) : leur présence renseigne sur le degré métamorphique atteint.
  • Disthène, andalousite, sillimanite : trois polymorphes du silicate d'alumine Al₂SiO₅, chacun stable dans un domaine P-T distinct.
  • Foliation = structure planaire due à la pression dirigée ; schistosité en est une forme typique du bas degré métamorphique.
  • Textures : granoblastique (grains équants), nématoblastique (aciculaires), lépidoblastique (feuillets), porphyroblastique (gros cristaux), rubanée (gneiss).
  • Ardoise → schiste → micaschiste → gneiss : séquence de degré métamorphique croissant pour un protolithe argileux.
  • Un minéral peut être ante-, syn- ou postcinématique par rapport à la déformation principale.
Ça tombe à l'examen

Les TP et examens de pétrologie métamorphique demandent souvent d'identifier une texture au microscope (nématoblastique, lépidoblastique, granoblastique, porphyroblastique) et de la relier à la roche correspondante. Question fréquente : citer les trois polymorphes du silicate d'alumine et leur signification en termes de pression et température. Piège classique : confondre foliation et schistosité, ou attribuer une texture rubanée à un schiste plutôt qu'à un gneiss.

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