Ce chapitre raconte 4,6 milliards d'années : la naissance de la planète, sa différenciation en enveloppes, l'apparition de la vie et de l'oxygène, l'assemblage puis la dislocation des supercontinents, et les grandes crises biologiques. L'examen attend surtout que tu situes chaque événement dans le bon éon ou la bonne ère et que tu connaisses les grands traits de la géologie du Maroc.
1. L'Hadéen (4,6 – 4,0 Ga) : accrétion et différenciation
La Terre naît vers 4,57 Ga par accrétion de planétésimaux dans la nébuleuse solaire. Trois sources de chaleur portent la jeune planète à fusion partielle : l'énergie des impacts et de l'accrétion, la désintégration des éléments radioactifs et la chaleur libérée par la chute du fer vers le centre. Sous l'effet de la gravité, la Terre se différencie en enveloppes concentriques : les métaux lourds (fer, nickel) migrent vers le centre pour former le noyau (fractionnement manteau/noyau vers 4,45 Ga), tandis que les silicates plus légers constituent le manteau ; par fusion partielle du manteau se forme ensuite une croûte primitive. Un impact géant avec un corps de la taille de Mars aurait arraché le matériel qui a formé la Lune. Le dégazage du manteau produit une atmosphère primitive (CO2, vapeur d'eau, N2, sans oxygène libre) ; le refroidissement permet la condensation des premiers océans. L'Hadéen n'a laissé aucun témoin stratigraphique : ses plus anciens vestiges sont des zircons détritiques de 4,4 Ga, et les cratères de la Lune enregistrent le grand bombardement qui l'a marqué.
2. L'Archéen (4,0 – 2,5 Ga) : premiers cratons et premières traces de vie
Les plus anciennes roches connues datent d'environ 4 Ga (gneiss d'Acasta au Canada). Une lithosphère plus chaude et plus mobile qu'aujourd'hui fabrique des noyaux de croûte continentale, les cratons, qui s'agglomèrent progressivement : ils constituent les parties les plus anciennes et les plus stables des continents actuels (boucliers canadien, africain, australien). Les ceintures de roches vertes associent des laves ultrabasiques (komatiites) et des sédiments. Les premières traces de vie, des bactéries et des stromatolites construits par des cyanobactéries, apparaissent vers 3,5 Ga. Le Précambrien dans son ensemble représente près de 88 % de l'histoire de la Terre, et les roches précambriennes déformées, métamorphisées et granitisées forment le socle des continents.
Portion ancienne et stable de la croûte continentale, consolidée dès le Précambrien, qui n'a plus subi de déformation majeure depuis et forme le noyau des continents.
3. Le Protérozoïque (2,5 Ga – 541 Ma) : oxygène et premiers eucaryotes
La photosynthèse des cyanobactéries enrichit peu à peu les océans puis l'atmosphère en oxygène : c'est la Grande Oxydation, vers 2,4 Ga, enregistrée par les formations de fer rubané (BIF) et l'apparition des couches rouges continentales. L'oxygène permet la formation de la couche d'ozone et l'évolution des premières cellules eucaryotes puis des organismes pluricellulaires. La tectonique des plaques fonctionne désormais à la manière actuelle et assemble un premier supercontinent bien documenté, Rodinia, vers 1 Ga. La fin du Protérozoïque est marquée par des glaciations très étendues, puis par la faune d'Édiacara, premiers animaux à corps mou. Au Maroc, l'Anti-Atlas expose ce socle précambrien, bordure nord du craton ouest-africain, avec l'orogenèse panafricaine (vers 600 Ma) qui l'a structuré.
4. Le Paléozoïque (541 – 252 Ma) : explosion de la vie et Pangée
Le Cambrien s'ouvre par l'explosion cambrienne : apparition brutale de la plupart des groupes animaux à squelette, dont les trilobites, abondants dans les schistes de l'Anti-Atlas et de la Meseta marocaine. À l'Ordovicien et au Silurien, la vie reste marine (graptolites, premiers vertébrés) ; au Silurien-Dévonien, plantes puis vertébrés (tétrapodes) sortent des eaux. Le Carbonifère voit les vastes forêts marécageuses à l'origine des grands gisements de charbon. Les continents convergent : la collision entre Gondwana et Laurussia produit l'orogenèse hercynienne (varisque), qui plisse et métamorphise la Meseta marocaine et met en place ses granites, et aboutit à un supercontinent unique, la Pangée, entourée de l'océan Panthalassa. Le Paléozoïque s'achève par la plus grande extinction de l'histoire, la crise permo-triasique (252 Ma), qui élimine plus de 90 % des espèces marines.
5. Le Mésozoïque (252 – 66 Ma) : dislocation de la Pangée et dinosaures
Au Trias, la Pangée commence à se fracturer : des rifts s'ouvrent, comblés par des argiles rouges, des évaporites (sel, gypse) et des basaltes ; au Maroc, ces dépôts triasiques et les basaltes de la limite Trias-Jurassique préparent l'ouverture de l'Atlantique central, qui sépare l'Afrique de l'Amérique du Nord au Jurassique. Un domaine marin, la Téthys, s'insinue entre Laurasia (nord) et Gondwana (sud) : les calcaires jurassiques du Haut et du Moyen Atlas se déposent dans ses golfes. Le Jurassique et le Crétacé sont l'âge des ammonites (fossiles stratigraphiques par excellence) et des dinosaures, tandis qu'apparaissent oiseaux, mammifères et plantes à fleurs. L'Atlantique sud s'ouvre au Crétacé. L'ère se termine par la crise Crétacé-Paléogène (66 Ma), liée à l'impact d'un astéroïde (cratère de Chicxulub) et au volcanisme du Deccan, qui emporte dinosaures non aviens, ammonites et rudistes.
6. Le Cénozoïque (66 Ma – aujourd'hui) : chaînes alpines, mammifères et Homme
Les mammifères diversifient et occupent les niches laissées vides. La convergence de l'Afrique et de l'Eurasie ferme la Téthys et édifie les chaînes alpines : Alpes, Himalaya (collision Inde-Asie) et, au Maroc, le Rif, chaîne de nappes de charriage encore sismiquement active ; les Atlas sont soulevés par inversion des anciens rifts triasico-jurassiques, tandis que les grands bassins phosphatés (Khouribga, Gantour, Boucraâ) se déposent à la limite Crétacé-Éocène. Le climat se refroidit progressivement ; au Quaternaire (depuis 2,58 Ma), les glaciations alternent avec des interglaciaires, et le genre Homo apparaît en Afrique. Le site de Jebel Irhoud, près de Safi, a livré les plus anciens fossiles connus d'Homo sapiens, datés d'environ 300 000 ans.
| Époque | Événement mondial | Repère au Maroc |
|---|---|---|
| Hadéen – Archéen | Différenciation, premiers cratons, vie bactérienne | — |
| Protérozoïque | Grande Oxydation (2,4 Ga), Rodinia, Édiacara | Socle de l'Anti-Atlas, orogenèse panafricaine |
| Paléozoïque | Explosion cambrienne, Pangée, crise P-T | Trilobites, chaîne hercynienne de la Meseta |
| Mésozoïque | Dislocation de la Pangée, dinosaures, crise K-Pg | Rifts du Trias, ouverture de l'Atlantique, calcaires de l'Atlas |
| Cénozoïque | Chaînes alpines, mammifères, glaciations, Homo | Rif, soulèvement de l'Atlas, phosphates, Jebel Irhoud |
Repères de l'histoire de la Terre et du Maroc
- Hadéen : accrétion (4,57 Ga), différenciation noyau/manteau/croûte, Lune, océans ; aucun témoin stratigraphique.
- Archéen : cratons et premières traces de vie (stromatolites, ≈ 3,5 Ga) ; Protérozoïque : Grande Oxydation ≈ 2,4 Ga, eucaryotes, Rodinia.
- Paléozoïque : explosion cambrienne, sortie des eaux, orogenèse hercynienne, Pangée, crise permo-triasique (252 Ma).
- Mésozoïque : dislocation de la Pangée, Téthys, ammonites et dinosaures, crise Crétacé-Paléogène (66 Ma).
- Cénozoïque : chaînes alpines (Rif, Atlas), mammifères, glaciations quaternaires, Homme.
On te demandera souvent de classer des événements sur une frise (formation de la Lune, premiers stromatolites, explosion cambrienne, Pangée, crise K-Pg) ou d'expliquer la différenciation de la Terre primitive. Retiens les trois limites du Phanérozoïque (541, 252, 66 Ma) et les deux grandes crises. Sur le Maroc, sache associer Anti-Atlas au Précambrien, Meseta à l'hercynien, Atlas et Rif à l'alpin.