Biologie Maroc
Métallogénie · S6 · Chapitre 3 sur 7

Processus hydrothermaux : fluides minéralisateurs et gisements associés

Lecture : 15 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Les gisements hydrothermaux résultent de la circulation, dans la croûte terrestre, de fluides chauds capables de dissoudre, transporter puis précipiter les métaux. C'est la famille de gisements la plus diversifiée et la plus étudiée en métallogénie : filons, skarns, porphyres cuprifères et amas sulfurés volcanogènes en dérivent tous, avec des variantes de source de fluide, de température et de contexte géodynamique que ce chapitre détaille.

1. Origine et nature des fluides hydrothermaux

Un fluide hydrothermal est une solution aqueuse chaude, souvent salée, qui circule dans la croûte et transporte des métaux en solution. Son origine peut être magmatique (eau exsolvée d'un magma en cristallisation, particulièrement riche en métaux et en soufre), météorique (eau de pluie infiltrée qui se réchauffe en profondeur, souvent au contact d'une intrusion), connée (eau de formation piégée dans les pores des sédiments) ou métamorphique (eau libérée par les réactions de déshydratation lors du métamorphisme). Dans de nombreux gisements, plusieurs sources se mélangent le long du trajet du fluide, ce qui complique leur identification précise.

2. Transport et précipitation des métaux

Les métaux circulent dans le fluide sous forme de complexes avec des ligands comme le chlore (complexes chlorurés, favorisés par les fluides salés et chauds) ou le soufre (complexes bisulfurés, favorisés notamment pour l'or). La précipitation du minerai survient lorsque les conditions physico-chimiques changent brutalement : chute de température (refroidissement au contact d'une roche froide), baisse de pression (ébullition du fluide en remontant vers la surface), réaction chimique avec l'encaissant (neutralisation d'un fluide acide au contact d'un calcaire) ou mélange avec un fluide de composition différente. Ces changements peuvent se produire de façon répétée dans le temps, ce qui explique le remplissage en plusieurs générations souvent observé dans les filons.

3. Gisements filoniens et stockworks

Les filons hydrothermaux résultent du remplissage de fractures ouvertes par précipitation successive de minéraux de gangue (quartz, calcite, barytine) et de minerai (sulfures, or natif). Selon la profondeur et la température de formation, on distingue les gisements épithermaux (proches de la surface, températures relativement basses, souvent liés au volcanisme récent, typiques de l'or et de l'argent), mésothermaux (profondeur et température intermédiaires) et hypothermaux (grande profondeur, hautes températures). Le stockwerk correspond à un réseau dense de veinules entrecroisées résultant d'une fracturation intense de la roche, typique des zones sommitales des systèmes porphyriques.

4. Les skarns : gisements de contact

Un skarn se forme au contact entre une intrusion magmatique et une roche carbonatée encaissante (calcaire, dolomie) : les fluides hydrothermaux issus de l'intrusion réagissent avec le carbonate pour former des silicates calciques (grenat, pyroxène) associés à une minéralisation métallique (Fe, Cu, Zn, Pb, W selon les cas). Cette réaction de métasomatose de contact produit des zonations minéralogiques concentriques autour de l'intrusion, un critère de reconnaissance sur le terrain et un guide pour localiser le minerai le plus riche.

5. Amas sulfurés volcanogènes (VMS) et gisements SEDEX

Les amas sulfurés volcanogènes (VMS) se forment sur ou près du fond marin, en contexte de volcanisme sous-marin actif : l'eau de mer s'infiltre, se réchauffe au contact du magma, se charge en métaux puis remonte et précipite brutalement au contact de l'eau froide, formant des cheminées hydrothermales et des amas massifs de sulfures (Cu, Zn, Pb) stratifiés dans la pile volcanique. Les gisements SEDEX (sedimentary exhalative) résultent d'un processus comparable mais dans un bassin sédimentaire sans volcanisme actif associé : un fluide hydrothermal d'origine profonde exhale au fond du bassin et précipite des sulfures stratiformes (surtout Zn-Pb) intercalés dans les sédiments, un mécanisme proche de celui décrit pour certaines minéralisations syngénétiques associées à des formations de fer.

6. Les porphyres cuprifères

Les porphyres cuprifères sont de vastes volumes de roche disséminée en cuivre (et souvent molybdène, or) autour d'une intrusion porphyrique peu profonde. La minéralisation se répartit en un stockwerk dense de veinules dans une auréole d'altération hydrothermale zonée (potassique au cœur, phyllique puis argillique et propylitique vers l'extérieur). Bien que la teneur unitaire y soit faible, l'énorme tonnage de ces gisements en fait la première source mondiale de cuivre, notamment le long des marges actives comme la cordillère andine.

Définition — Fluide hydrothermal

Solution aqueuse chaude et souvent salée circulant dans la croûte, capable de dissoudre, transporter puis précipiter les métaux sous forme de minerai.

Définition — Skarn

Roche silicatée calcique (grenat, pyroxène) formée par métasomatose au contact entre une intrusion magmatique et une roche carbonatée, souvent minéralisée.

TypeContexteMétaux typiques
Filons épithermauxProche surface, volcanisme récentAu, Ag
SkarnContact intrusion / carbonateFe, Cu, Zn, W
VMSFond marin, volcanisme sous-marinCu, Zn, Pb
Porphyre cuprifèreIntrusion porphyrique peu profonde, marge activeCu, Mo, Au

Quatre grands types de gisements hydrothermaux

À retenir
  • Un fluide hydrothermal peut être magmatique, météorique, connée ou métamorphique — souvent un mélange.
  • La précipitation résulte d'un changement brutal : chute de température, baisse de pression, réaction avec l'encaissant, mélange de fluides.
  • Épithermal (proche surface) vs mésothermal vs hypothermal (grande profondeur) selon température et profondeur de formation.
  • Skarn = métasomatose de contact intrusion / carbonate, zonation minéralogique concentrique.
  • VMS = exhalaison sous-marine volcanique ; SEDEX = exhalaison dans un bassin sédimentaire sans volcanisme actif.
  • Porphyre cuprifère : faible teneur mais tonnage énorme, premier gisement mondial de cuivre.
Ça tombe à l'examen

Ce chapitre est l'un des plus fréquemment interrogés : sache distinguer clairement VMS et SEDEX (présence ou non de volcanisme actif), et expliquer au moins deux mécanismes de précipitation des métaux. Piège classique : confondre skarn (métasomatose de contact) et filon (remplissage de fracture), qui peuvent pourtant coexister dans le même système hydrothermal autour d'une intrusion.

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