Biologie Maroc
Tectonique globale · S5 · Chapitre 2 sur 7

De la dérive des continents à la tectonique des plaques

Lecture : 12 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

La tectonique des plaques n'est pas née d'un seul coup : elle est l'aboutissement d'un demi-siècle de découvertes, de l'intuition mobiliste de Wegener à la synthèse cinématique des années 1960. Ce chapitre retrace cette construction et introduit les outils qui permettent aujourd'hui de mesurer et de modéliser précisément les mouvements des plaques. Connaître cette généalogie du concept, avec ses dates, est attendu dans presque tous les contrôles du module.

1. Wegener et le mobilisme : un rappel indispensable

En 1912, Alfred Wegener propose que les continents actuels dérivent d'un supercontinent unique, la Pangée, fragmenté depuis environ 250 millions d'années. Il appuie son hypothèse mobiliste sur l'emboîtement des côtes, la continuité des structures géologiques de part et d'autre de l'Atlantique, les traces de glaciation permo-carbonifères et des fossiles identiques sur des continents aujourd'hui séparés. Faute d'un mécanisme crédible — il invoque à tort la rotation terrestre et les marées — sa théorie est rejetée par la communauté scientifique et retombe dans l'oubli pendant près de quarante ans.

2. Le paléomagnétisme et l'expansion océanique : la preuve du mouvement

Dans les années 1950-1960, deux avancées relancent le débat. Le paléomagnétisme montre que la position apparente du pôle magnétique diffère selon le continent étudié à une même époque : ce sont donc les continents qui ont bougé, non le pôle. En parallèle, l'exploration des fonds océaniques révèle des anomalies magnétiques symétriques de part et d'autre des dorsales, expliquées par Vine et Matthews (1963) comme l'enregistrement des inversions du champ magnétique dans une croûte océanique qui s'écarte en permanence de l'axe. Harry Hess formalise en 1962 l'expansion des fonds océaniques : la croûte océanique naît aux dorsales et disparaît, plus vieille et plus dense, dans les fosses de subduction. Les continents ne « nagent » plus dans un sima passif comme le pensait Wegener : ils sont portés par une lithosphère qui se renouvelle.

3. La formulation de la tectonique des plaques (1967-1968)

Entre 1965 et 1968, plusieurs géophysiciens — Tuzo Wilson, Jason Morgan, Dan McKenzie, Xavier Le Pichon — unifient dérive des continents et expansion océanique dans un modèle global : la tectonique des plaques. L'hypothèse centrale est celle d'une lithosphère découpée en un nombre limité de plaques rigides, dont les mouvements relatifs, à la surface d'une sphère, se décrivent entièrement par les trois types de limites (divergentes, convergentes, transformantes). Ce modèle, testé et confirmé par la sismologie mondiale et la géodésie spatiale, constitue aujourd'hui le cadre unificateur de toute la géologie dynamique.

4. Cinématique des plaques : pôles d'Euler et vitesses

Sur une sphère, tout déplacement relatif d'une plaque rigide par rapport à une autre peut se décrire comme une rotation autour d'un axe fictif passant par le centre de la Terre : cet axe recoupe la surface en deux points, les pôles d'Euler de la plaque. Plus on s'éloigne d'un pôle d'Euler, plus la vitesse linéaire de déplacement est grande, alors que la vitesse angulaire reste la même en tout point de la plaque — ce qui explique que la vitesse d'ouverture d'une dorsale varie le long de son tracé. On distingue les vitesses relatives (une plaque par rapport à une autre, mesurées par exemple aux anomalies magnétiques) et la vitesse absolue (par rapport à un repère fixe comme les points chauds, considérés comme quasi immobiles dans le manteau). Les techniques modernes de géodésie spatiale (GPS) mesurent aujourd'hui ces vitesses en temps réel, avec un excellent accord avec les vitesses géologiques déduites des anomalies magnétiques.

Définition — Pôle d'Euler

Point fictif de la surface terrestre correspondant à l'axe de rotation qui décrit, de façon unique, le mouvement relatif d'une plaque rigide par rapport à une autre sur la sphère terrestre.

5. Les triples jonctions

Une triple jonction est le point où se rencontrent trois plaques, et donc trois limites de plaques. Chaque limite peut être divergente, convergente ou transformante, ce qui donne plusieurs combinaisons possibles (par exemple dorsale-dorsale-dorsale, ou fosse-fosse-dorsale). Certaines configurations sont géométriquement stables dans le temps, d'autres évoluent nécessairement vers un autre type de jonction. Les triples jonctions sont des points clés pour reconstituer l'histoire cinématique d'une région, car elles enregistrent les changements de régime tectonique au cours du temps.

À retenir
  • Wegener (1912) propose la dérive des continents mais sans mécanisme crédible ; théorie rejetée jusque dans les années 1950.
  • Paléomagnétisme + anomalies magnétiques symétriques (Vine et Matthews, 1963) + expansion océanique (Hess, 1962) apportent les preuves.
  • La tectonique des plaques (1967-1968, Wilson, Morgan, McKenzie, Le Pichon) unifie ces découvertes : plaques rigides, trois types de limites.
  • Le mouvement d'une plaque se décrit par une rotation autour d'un pôle d'Euler ; la vitesse linéaire croît avec la distance au pôle.
  • Vitesses relatives (entre deux plaques) vs vitesse absolue (par rapport aux points chauds) ; les triples jonctions relient trois limites.
Ça tombe à l'examen

Sais restituer la chronologie exacte : Wegener (1912) → rejet → paléomagnétisme et anomalies magnétiques (années 1950-1960) → Hess (1962) → Vine et Matthews (1963) → tectonique des plaques (1967-1968). C'est une question de cours classique. Le raisonnement sur les pôles d'Euler (pourquoi la vitesse d'ouverture varie le long d'une dorsale) est un exercice fréquent : entraîne-toi à le refaire sur un schéma.

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